mercredi 5 octobre 2011

Rendez-vous en 1947

La création de l'État d'Israël
 
     1947-1949 est un moment charnière de l'histoire d'Israël. Après avoir survécu à deux millénaires d'exil et d'errance à travers les nations, subissant souvent les pires persécutions, l'État d'Israël est devenu, en l'espace de quelques mois, une réalité vivante et dynamique. Un peuple soutenu par le souvenir de ses gloires anciennes : celles des royaumes de Judée et d'Israël, et celles, toujours bien présente, de la Bible. Or, l'épopée biblique reprend vie par les épreuves mortelles de la Shoah, et par la reconquête de la Terre Sainte. Pourtant, six générations n'ont pas été suffisantes pour que ce pays, né d'une résolution de l'assemblée générale de l'Organisation des Nations Unis le 29 novembre 1947, ne s'intègre pleinement dans le tumultueux Proche-Orient. Les Palestiniens s'estimant spoliés par le retour d'Israël refusent de partager leur territoire, et leurs chefs entreprennent une guerre contre « l'occupant sioniste ». Un sionisme dont l'erreur principale a sans nul doute été de minimiser les réalités du monde arabo-musulman et la profondeur de sa résistance à la renaissance d'Israël.
     Depuis son apparition en tant que religion distincte, l'Islam enseigne que le judaïsme est une religion déchue, et le Christianisme adopte la même position pendant des siècles, ne voyant dans les Juifs que les assassins du Christ. Ce lourd passé de préjugés et de ressentiments doit être purgés. Les millions de morts de la Shoah en Europe, et les milliers de victimes des guerres arabo-israéliennes ont inondé de sang la naissance et la reconnaissance de l'État d'Israël. Car ce n'est que sous l'impulsion du pape Jean XXIII que le concile de Vatican II ouvre la voie à la négociation qui aboutie à l'acte fondamentale de reconnaissance mutuelle signé à Jérusalem et à Rome le 30 décembre 1993. Le monde musulman quand à lui ressent la création d'Israël comme une véritable commotion et la seule réaction des dictateurs arabes fut de faire la guerre sans mesurer l'équilibre des forces en présence. Il a fallut un demi-siècle au monde arabe pour accepter Israël, et aujourd'hui, seule la persistance d'un fanatisme minoritaire entrave encore la marche de la paix dans la région.
     Dans ce nouveau rendez-vous, nous allons donc étudier la naissance de l'État d'Israël, de l'apparition du sionisme au mandat britannique, de la proclamation de la création d'Israël au conflit arabo-israélien.
 
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     La naissance du sionisme politique est la première étape pour la formation de l'État d'Israël. Pendant les siècles de son exil, le peuple israélien garde en lui l'espoir d'une restauration de Sion, nom de la colline sur laquelle est bâtie Jérusalem. La Terre Sainte symbolise les espérances du peuple de l'exil dont la prière centrale était pour la reconstruction de Jérusalem. La recrudescence de l'antisémitisme en Allemagne à partir des années 1880 et les mesures discriminatoires dans l'Empire des Tsars mènent ce que l'on appel l'espérance messianique à s'affirmer sur le plan politique. Lilienblum est le premier en 1882 à lancer un appel au retour à l'ancienne patrie. Un élan qui s'accompagne d'un effort de pensée alimenté par des penseurs chrétiens et juifs, et en 1884 a lieue à Katovice la première conférence sioniste qui débouche sur la création de 17 colonies agricoles en Palestine.
     En plein dans l'Affaire Dreyfus, le journaliste viennois Théodore Herzl (1860-1904) rédige à Paris son État Juifs en 1895 dans lequel il prévoit l'organisation d'une Société des Juifs et d'une Compagnie juive qui établiraient toutes les diasporas juives dans la nouvelle communauté de la Terre Sainte. Herzl préside également à Bâle le premier Congrès sioniste en 1897 qui adopte un programme résumé en ces mots : « le Sionisme a pour but de créer pour le peuple juif en Palestine un asile garanti par le droit public ». Mouvement politique atteint par l'action et la négociation, le sionisme compte pas moins de 100 000 adhérents au début du XXe siècle. Néanmoins, les résultats ne sont pas satisfaisants, même si les juifs obtiennent des colonies dans l'Empire Ottoman et dans le Sinaï. À la mort d'Herzl en 1904, le sionisme est devenu une réalité vivante et un peuple commence à renaître à travers un enthousiasme notamment culturel et artistique important.
     Le premier objectif du sionisme d'obtenir d'une charte la libre colonisation de la Palestine se heurte à l'opposition de la Porte. Pourtant, l'effondrement de l'Empire Ottoman et l'occupation de la Terre Sainte par les Britanniques vont permettre à la Grande-Bretagne de définir sa politique palestinienne dans un sens favorable aux ambitions sionistes. Ainsi, le 2 novembre 1917, le secrétaire d'État aux Affaires étrangères, Arthur J. Balfour déclare : « le gouvernement de sa Majesté envisage favorablement l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif et fera tous ses efforts pour faciliter cet objectif, étant bien entendu que rien ne viendra porter atteinte aux droits civils et religieux des collectivités non juives en Palestine, ou aux droits et à la situation politique dont les juifs jouissent dans tous les autres pays ».
     L'armée britannique met ainsi fin, en Palestine, à l'occupation turque qui durait depuis 1517, et réorganise l'administration de la Terre Sainte. L'histoire du mandat britannique est celle de l'affrontement entre les intérêts contradictoires des Anglais, des Arabes, et des Juifs. L'Agence juive représente dès 1929 le peuple juif auprès de la Puissance mandataire et des troubles sanglants éclatent dans les années 20 et 30. Alors que le Foyer national juif en Palestine se renforce, et tandis qu'Hitler déchaîne ses fureurs et ses menaces, l'Angleterre donne une interprétation de plus en plus restrictive à la Déclaration de Balfour. C'est un rapport de la Commission Peel en 1937 qui conclue pour la première fois de la nécessité d'un partage de la Palestine en un État Arabe et en un État juif. L'échec des négociations aboutit à la publication du Livre blanc en 1939 qui opère un véritable retournement dans la politique britannique en Palestine. Dès 1940, la Puissance mandataire étrangle l'immigration juive et empêche ses derniers d'obtenir des terres.

(Carte du Proche-Orient à la chute de l'Empire Ottoman)

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      Alors que les juifs se voient refouler de Palestine par la Grande-Bretagne, la seconde guerre mondiale déchaîne contre eux la plus cruelle persécution de toute leur histoire. En 1942, Hitler décide ainsi l'extermination systématique de tous les juifs qui sont en Europe au nombre de 9 500 000 en 1939, et 2 750 000 en 1945. 73,4% des juifs vivant dans les pays occupés par les nazis sont tués, soit environ 6 093 000 personnes. Ces événements opèrent le ralliement au mouvement sioniste de l'unanimité des survivants alors que la guerre marque une période d'apaisement en Palestine même si les frontières restent résolument fermées aux émigrants juifs d'Europe. La conférence sioniste de 1942 condamne avec violence la politique de Londres et réclame le droit à l'immigration illimités et la création en Palestine d'un Commonwealth juif. La résistance juive contre la puissance mandataire s'organise en Palestine autour de la Haganah, armée de protection formée de 60 000 combattants qui s'engagent dès 1943 dans une guerre de harcèlement contre l'administration anglaise. Toutes les solutions proposées au problème palestinien avortent, à peine conçues, et le « terrorisme » se développe à tel point que l'état de siège est décrété en février 1947.
     Winston Churchill constate la faillite complète de l'administration britannique en Palestine et son action active le recours aux Nations Unis décidé par la Grande-Bretagne le 2 avril 1947 : le gouvernement travailliste (traditionnellement soutient des sionistes) ne désespère pas d'obtenir un accord de tutelle sur la Palestine et annonce ainsi sa volonté de remettre son mandat à l'ONU. Une Commission spéciale des Nations Unis pour la Palestine commence ses travaux le 26 mai et dépose son rapport le 31 août. La thèse sioniste fonde alors ses droits sur les liens historiques d'Israël avec la Terre Sainte, droits confirmés pas la Déclaration de Balfour. Les juifs mettent en valeur un pays désertique qu'ils ont colonisé au bénéfice commun des Juifs et des Arabes dont le niveau de vie s'est nettement amélioré. Faits qui ont donné une réalité sociale à l'État juif qui s'engage à garantir à la population arabe la pleine jouissance de ses droits à égalités avec les Juifs. La thèse arabe quand à elle oppose aux juifs les droits imprescriptibles de l'Islam sur une terre conquise depuis l'année 637, les musulmans constituant les deux tiers de la population.
     La Commission écarte au final toute solution extrême et présente onze recommandations accompagnées de deux plans visant l'un à la création de deux États indépendants avec une union économique, l'autre à la création d'un État fédéral. Les États-Unis et l'URSS optent toutes deux, lors de la deuxième assemblée générale des Nations Unis le 23 septembre, pour la première option. Motion acceptée le 29 novembre 1947 en faveur de la création de deux États placés sous contrôle des Nations Unis.

 
    La Commission pour la Palestine issue du vote du 29 novembre 1947, a vite fait de constater son impuissance. Les Arabes refusent de reconnaître son existence et les Anglais s'opposent à toute collaboration avec elle. La puissance mandataire fait ainsi savoir qu'elle abandonne la Palestine le 15 mai 1948 sans prévoir ni transition pour l'avenir du pays, ni approvisionnement au-delà de cette date. Cette passivité de l'Angleterre s'accompagne de l'action passionnée de la Ligue des États Arabes, et les États-Unis, devant la situation, se retirent du projet de partage le 18 mars au profit d'une tutelle provisoire de la Palestine. Pourtant, la volonté des juifs restent inébranlable et dès janvier 1948, le Conseil national des Juifs de Palestine proclame sa volonté de prévoir immédiatement l'établissement d'un État juif organisé conformément à la résolution de l'Assemblée générale des Nations Unis. Huit heures avant la cessation du mandat britannique, David Ben Gourion, président du Comité exécutif de l'Agence juive, déclare à Tel-Aviv la formation en Palestine d'un État juif dénommé Israël qui dès sa naissance, se réclame de l'esprit des prophètes et offre la paix et son amitié à tous les peuples de la terre. Les États-Unis et l'URSS suivis par plusieurs autres nations reconnaissent immédiatement le nouvel État, contre lequel les États arabes déclenchent une guerre qui couvait déjà depuis le 29 novembre 1947. Guerre qui, aujourd'hui encore, n'a pas pris fin.
 
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     Lorsque les premiers sionistes arrivent en Palestine dans la deuxième moitié du XIXe siècle, il se heurtent non pas à une population autochtone, mais à la police turque qui voient en eux une menace pour l'ordre dans un Empire Ottoman décadent. Le mandat britannique et la fondation du Foyer juif politise ensuite le conflit : l'administration anglaise peut alors difficilement éviter, pour mieux asseoir sa domination, de jouer sur les deux tableaux ce qui la fait se retirer en 1948, laissant le pays dans un état chaotique. Les États Arabes voisins d'Israël héritent de la querelle et nous pouvons aujourd'hui affirmer que l'État juif fut sauvé grâce à ses soldats, mais aussi par la conjoncture politique de l'époque et le soutient de la Russie communiste. Bien sûr, le conflit aujourd'hui toujours non réglé, s'étale dans la seconde moitié du XXe siècle avec notamment la campagne du Sinaï en 1956, la guerre des Six-Jours en 1967, la guerre du Kippour en 1973 ou encore la guerre du Liban en 1982. Nous allons ici néanmoins nous intéresser uniquement à la guerre d'Indépendance immédiate après la création d'Israël qui doit à sa naissance subir l'épreuve du feu et du sang.
    La Ligue arabe, fondée au Caire le 23 mars 1945, prêche et prépare ainsi la « guerre sainte » d'un bout à l'autre du monde arabe. Des actes d'agression directs ont lieuxalors même que les britanniques sont encore en Palestine, et du 30 novembre 1947 au 1er février 1948, on dénombre pas moins de 2 778 tués ou blessés. Dès la fin de janvier 1948, « l'armée de libération arabe » s'infiltre en Palestine avec l'accord de la puissance mandataire dans le but de liquider toute présence juive. Devant cet assaut, la résistance juive s'organise autour de la Haganah, armée populaire qui reçoit le secours en armes et en munition de le Tchécoslovaquie. La violence dans certaines régions achève de rependre la terreur parmi les Arabes palestiniens qui s'enfuient en masse ( 600 000 ). La création de deux États distinctes soulève l'opposition des États arabes qui rejètent en bloc la nouvelle situation géopolitique du Proche-Orient. C'est ainsi que l'Égypte et la Jordanie occupent jusqu'en 1967 la plus grande partie des territoires destinés à l'État palestinien sans rien faire pour lui donner naissance, et niant systématiquement le droit à l'existence de l'État d'Israël.
     Ce conflit donne lieu à d'interminable débats à l'ONU qui a vu pour la première fois la création d'un État décidée par la majorité des nations de la terre. Une cession de l'Assemblée générale décide le 16 mai 1948 l'envoi d'un médiateur pour la Palestine, le comte Folke Bernadotte. Et devant la gravité de la situation militaire, le Conseil ordonne une trêve le 17 avril qui donne un répit que les belligérants emploient à compléter leur armement. Le 9 juillet, les combats reprennent et le 17 septembre, le médiateur est assassiné à Jérusalem. Le 7 janvier 1949, le cesser le feu est respecté et une série d'accords dans le monde arabe consacre finalement l'existence de l'État d'Israël et lui fixent des frontières qui tiennent durant une vingtaine d'années. Le 11 mai 1949, l'Assemblée générale des Nations Unis accueillent comme État membre Israël. Jérusalem reste partagée en deux et l'armistice n'est cependant pas la paix. Ainsi, le boycott de l'État juif par l'Égypte de 1950 à 1956 et la création d'un commandement unifié des forces égyptiennes, syriennes et jordaniennes lancent la campagne du Sinaï conquis par les israéliens en six jours.

Rendez-vous en 1572

La Saint-Barthélemy
 
 
    Traumatisme historique, la Saint-Barthélemy reste un des événements majeurs les plus dramatiques et les plus controversés de l'histoire de France. Cette nuit du 23 au 24 août 1572 marque le début de la quatrième guerre de religion. L'événement s'inscrit dans un contexte particulier de troubles internes qui ravagent la vie du royaume dans la seconde moitié du XVIe siècle. Au catholicisme s'oppose le protestantisme, opposition qui débouche sur une guerre civile.
     La religion prétendue réformée, comme on l'a nomme dans les actes royaux, apparaît en 1517 lorsque les étudiants du théologien Martin Luther affichent sur les portes de l'église de Wittenberg une lettre constituée de 95 thèses, constat des dérives de l'Église catholique. Or, le développement du protestantisme dans le royaume franc est particulièrement important, les premières réactions datant du règne de François Ier qui considère la Réforme comme néfaste à son autorité. Ainsi, en 1545, 3000 Vaudois sont massacrés par ordre du roi. Malgré la répression, le protestantisme connait un essor considérable, notamment en milieu urbain, et le roi ne dispose pas d'une administration capable de lutter contre ce fléaux. De grands personnages de la cour se convertissent, le prince du Condé pour n'en citer qu'un.
     Les causes du conflit sont multiples. C'est tout d'abord l'affaiblissement de l'autorité royale depuis la mort du roi Henri II. Ses fils François II et Charles IX sont trop jeunes pour régner et ne peuvent empêcher les français de s'entredéchirer. Entre eux, la reine-mère Catherine de Médicis hésite entre tolérance et répression et cette situation entraine des conflits au sein même de la cour entre les grandes familles aristocrates qui cherchent à s'imposer pour contrôler le pouvoir royal : les Guise qui dirigent le parti catholique, les Montmorency ou les Bourbon, héritiers directs de Saint-Louis. Les problèmes politiques n'arrangent donc pas les questions religieuses qui se posent nous l'avons vus au même moment.
 
    La première guerre de religion est déclarée le 1er mars 1562 par François de Guise avec le massacre de la ville protestante de Wassy. La paix sera imposée par la reine-mère l'année suivante par l'Édit d'Amboise qui organise avec son fils Charles IX un tour de France afin de le présenter à son peuple. La seconde guerre de religion débute quand à elle en 1567 dans un contexte conflictuel entre le prince de Condé et le jeune frère du roi, Henri duc d'Anjou. La paix de Longjumeau est signé en mars 1668, une paix vite oubliée puisqu'en juillet commence la troisième guerre de religion qui se clôt en 1570 par l'Édit de Saint-Germain quand Coligny réussit à bloquer la route du Midi aux catholiques. La paix accorde aux protestants une liberté de culte limitée à certains lieux précis.
     Les guerres, aussi meurtrières qu'indécises et conclues par des édits de pacification immédiatement récusés, se succèdent et installent le pays dans la violence. En 1572, les tensions sont extrêmes et l'idéal néoplatonicien d'harmonie et de paix cher au jeune Charles IX semble ignoré. Le massacre parisien, ville très catholique qui se juge mal-aimé de son roi, est un fiasco total pour celui-ci et une terrible épreuve pour les protestants qui se mettent à douter de leur élection divine. De l'arquebusade de Coligny au « débordement du populaire », Paris plonge dans une semaine de violences extrêmes. Affaiblis mais refusant de s'avouer vaincus, les réformés se présentent désormais comme les défenseurs de la souveraineté populaire face à un pouvoir royal jugé tyrannique.
 

     La paix de Saint-Germain a mis fin aux combats de la troisième guerre de religion mais le royaume n'a pas recouvré le calme. De nombreuses émeutes éclatent un peu partout dans le royaume et l'affaire de la Croix de Gastine alourdit le contentieux entre le roi et la capitale. Une croix est en effet élevée à l'emplacement de la maison rasée de trois huguenots condamnés durant la guerre. Or l'édit de Saint-Germain interdit tout monument commémorant l'exécution d'une personne dans un soucis d'apaisement. Une brutale émeute catholique se déclenche le 20 décembre 1571 quand la croix est retirée, entretenant un climat insurrectionnel à Paris. Or, le 18 août 1572, la ville assiste au mariage de Marguerite de Valois dit la Reine Margot, sœur du roi, avec son cousin Henri de Navarre (futur Henri IV) dans un climat lourd de menace. Il doit sceller l'alliance entre deux grands lignages et le rapprochement des catholiques et des réformés, chose qui scandalise les parisiens.
     Le 22 août, au cœur de Paris, l'amiral Gaspard de Coligny, que l'on dit être le père adoptif du roi, est victime d'une arquebusade. Le tireur rate son coup mais le blesse superficiellement au bras. L'attentat plonge la capitale dans une vive effervescence. Les protestants sont furieux, Coligny est soigné sur ordre du roi par son médecin personnel, Ambroise Parré. Le roi promet toute la lumière sur cette affaire, mais trente-six heures plus tard, Coligny est assassiné. Une décision royale d'éliminer les chefs huguenots les plus dangereux a en effet été prise au sein du Conseil royal et avec l'accord de Catherine de Médicis. Dans la nuit du 24, les nobles protestants de Paris sont pourchassés et exécutés. Mais les catholiques parisiens poursuivent le massacre, cherchent les protestants, les assassinent, outrageant leurs corps et leurs cadavres sont noyés dans la Seine, ce durant six jours. Un chroniqueur contemporain des faits dira que « le peuple travaillait à tuer ses voisins ». La cité est au paroxysme d'une folie meurtrière pour la plus grande gloire de Dieu. Le roi vient d'ordonner la mise à morts des chefs huguenots, mort qui relève de la loi divine à laquelle le chrétien doit obéir. Ainsi raisonnent les bourgeois fanatiques de la milice et les soldats de la ville. Des soldats d'élites qui, menés par leurs capitaines vont encadrer le peuple massacreur, le conduire au combat.
 
 
    Il y a de nombreuses interprétations possible de la Saint-Barthélemy, du fait même des sources dont les historiens disposent. L'événement a ainsi donné naissance à une retentissante querelle entre Janine Garrisson, Denis Crouzet et Jean-Louis Bourgeon. La documentation relative à la Saint-Barthélemy comprend des mémoires de témoins, des récits de rescapés et des documents officiels. Des mémoires qui sont la plupart du temps parasités par la volonté de proposer une explication immanente de l'événement.
     L'attribution du massacre au roi repose sur deux faits. D'une part, ce sont les propos tenus par les ducs de Guise qui crient dans la capitale « le roi le veut ; tuez-les tous ». Et d'autre part, c'est la déclaration même du roi devant le Parlement le 26 août où il déclare que le grand nombre de protestants présents dans la capitale ourdissaient un complot contre lui. Ces faits qui accrédites la thèse d'un roi maître du jeu sont fragiles. En effet, on sait que dès le déclenchement de la Saint-Barthélemy, Charles IX a envoyé des ordres en province exigeant que les cités protègent les protestants en rappelant les décrets de l'édit de Saint-Germain (et il était temps car d'autres Saint-Barthélemy ont lieues à Bourges, Angers, Saumur, Troyes, Rouen, Lyon ou encore Albi). De plus, il fait circuler à Paris dès le 24 août un mandement dans lequel il ordonne la cessation de toutes violences.
     À la lecture des pièces officiels, il apparaît donc que Charles IX ai changé d'avis entre le 24 et le 26 août, condamnant les troubles avant d'en assumer la responsabilité. Jean-Louis Bourgeon évoque la volte-face du roi face aux événements, Paris échappant à son contrôle. L'historien moderniste refuse l'interprétation classique d'un massacre du populaire, mais y intègre toutes les couches de la population, y compris les élites très catholiques. Cette thèse ouvre le champs des possibles à d'autres interprétations et récuse celle quasi romanesque d'une volonté propre à la reine machiavélique Catherine de Médicis, parce que femme, italienne, et voulant dominer un Charles IX faible qui cède devant les abjurations larmoyantes et théâtrales de sa mère.
     En faite, la décision d'exterminer les chefs nobles protestants fut avant tout un choix politique débattu nous l'avons dit au sein du Conseil. Or, il peut donner lieu à deux lectures possibles. Soit les catholiques intransigeants qui dominent le conseil ont réussis à convaincre le roi, soit celui-ci partage les mêmes idées et voit dans un « coup de majesté » l'occasion de rétablir son autorité mise à mal.
 

     En dépit de zones d'ombre et au-delà de ses multiples décodages possibles, la Saint-Barthélemy est à l'évidence un revers politique pour Charles IX. Soit il se trouve dépassé par l'insurrection parisienne, doit en endosser la responsabilité et couvrir les instigateurs du massacre. Soit il en est lui-même le responsable. Mais les protestants sont aussi anéantis que lui. Ils ont subis des agressions meurtrières et un grand nombre émigre vers Genève, les Iles Britanniques ou le Palatinat. Par le fer et par la plume, les réformés répliquent à leurs assaillants et en particulier à Charles IX, souverain désormais honni. Le parti protestant est serte décapité, mais dès novembre 1572, une résistance militaire prend corps dans le sud du royaume. Des villes deviennent les foyers de la réorganisation des forces militaires grâce à la mobilisation de leur milice. Ces cités, notamment La Rochelle, Sancerre ou Sommières, s'apprêtent à défier l'autorité royale. C'est la quatrième guerre de religion.
 
Bibliographie :
 
A. JOUANNA, La France du XVIe siècle 1483-1598, PUF, Paris, 1996, 710p.
M. CASSAN, La France au XVIe siècle, Armand Colin, Paris, 2005, 218p.
N. Le Roux, direct. J. Cornette, Les guerres de religions, Histoire de France, Belin, Paris, 2010, 607p.
J. GARRISSON, 1572, La Saint-Barthélemy, Editions Complexe, Bruxelles, 2000, 219p.
T. WANEGFFELEN, Catherine de Médicis, le pouvoir au féminin, Payot, Paris, 2005, 445p.

Rendez-vous en 1485

Une Nouvelle dynastie
 
 
    1485 est une date qui fait incontestablement figure de tournant dans l'histoire du Royaume d'Angleterre. D'abord parce qu'elle l'inscrit définitivement dans les évolutions futurs du « beau » siècle Tudor, ensuite parce qu'elle marque la fin des dérèglements politiques de la seconde moitié XVe siècle. À une période de troubles et de guerres civiles et fratricides suit celle d'une apogée dynastique, celle des Tudors. S'il faut attendre le XVIIe, et plus encore le XVIIIe siècle pour que s'établisse le véritable État moderne qui fera de l'Angleterre la première puissance du monde, les Tudors posent les bases indispensables à la réussite ultérieure. C'est ainsi que l'historiographie a très longtemps fait de ce XVIe siècle celui de la re-naissance d'une glorieuse monarchie, celui de la monarchie tempérée et de l'anglicanisme, brutalement stoppée par l'expérience des Stuarts papistes et absolutistes du siècle suivant.
     Fondateur de sa dynastie, Henri Tudor arrive sur le trône en 1485, mettant ainsi fin à la Guerre des Deux-Roses qui déchire le royaume depuis trente ans. Souvent présenté comme le pacificateur de l'Angleterre et le premier promoteur d'une royauté centralisée et efficace, Henri VII prend le pouvoir dans un contexte de désagrégation du pouvoir royal. Mais beaucoup s'interrogent aujourd'hui sur la nature exacte de son régime et sur la réalité de sa réussite. Sans déborder de trop sur la suite de son règne et sur ses successeurs qui feront l'objet d'autres rendez-vous, nous nous bornerons ici à expliquer le contexte très particulier d'accession au trône de Henri Tudor, et la mise en place d'une dynastie qui devra lutter contre le souvenir cuisant du passé, mais aussi contre son repli politique et culturel.
     Et avant de commencer, je vous propose cet arbre généalogique qui vous aidera à suivre :

    Henri Tudor né le 28 janvier 1457. Son père, Edmond Tudor comte de Richmond n'est autre que le demi-frère du roi Henri VI, tandis que sa mère, la jeune Margaret Beaufort est l'arrière petite-fille d'Édouard III (voir arbre généalogique). Ses droits légitimes sur la Couronne sont minces, pourtant, il est considéré à la mort d'Henri VI comme l'héritier mâle de la maison royale de Lancastre. La nouvelle accession au trône d'Édouard IV de la maison royale d'York le pousse à fuir pour la Bretagne en 1471.
    Après une tentative infructueuse en 1483, et alors qu'il est désormais le seul prétendant sérieux à la Couronne d'Angleterre, il obtient l'aide financière de roi Charles VIII de France et débarque le 7 août 1485 au pays de Galles. Le 22 août, à Bosworth, il rencontre les armées du roi Richard III. Henri remporte la bataille et le roi est tué au combat. La volonté divine offre le trône d'Angleterre à une nouvelle dynastie qui règne jusqu'en 1603. Mais pour bien comprendre l'enchainement de ces événements, il est indispensable de connaître, dans ses grandes lignes au moins, la guerre des Deux-Roses dont Henri VII met fin par sa victoire à Bosworth.
   
    Tout commence en 1399 quand le roi Plantagenêt Richard II se fait déposer par son cousin Henri Bolingbroke, futur Henri IV. Alors que la Couronne doit revenir aux héritiers du deuxième fils d'Édouard III, Lionel d'Anvers, Henri Bolingbroke se fait couronner le 13 octobre 1399 peu après l'emprisonnement de Richard. Trois rois Lancastriens règnent donc en Angleterre les uns après les autres, de Henri IV à Henri VI couronné en 1422. Une période qui ne va pas sans oppositions diverses, en particulier de la part des Yorkistes, autre branche de la famille royale issue d'Edmond de Langley. Henri IV se montre incapable de mater les révoltes et de maintenir l'ordre public, tandis qu'Henri V retrouve la confiance du Parlement de Westminster et gagne de nombreuses batailles militaires, la plus connue étant sans nul doute celle d'Azincourt en 1415 où la noblesse française est décimée. Elle aboutie à la prise de la Normandie et à faire du roi d'Angleterre l'héritier du trône de France (un rêve de double monarchie qui ne dure guère). Mais il doit aussi faire face à une rébellion menée par le fils d'Edmond de Langley, Richard qui sera exécuté en 1415.
     A la mort du roi, Henri VI n'a que neuf mois et ce sont ses oncles qui gouvernent. Il se laisse dominer dès les années 1430 par une faction composée de membre de son entourage particulièrement impopulaires, William de la Pole et Edmond Beaufort notamment. Les difficultés rencontrées dans la Guerre de Cent Ans, la perte de possessions anglaises sur le continent, les troubles mentaux du roi et la volonté « d'éliminer » les mauvais conseillers de celui-ci, autant d'éléments qui expliquent la reprise des questions sur la légitimité des Lancastres.
    La vie politique tend dans les années suivantes à se polariser autour du roi et de ses conseillers d'un côté, de l'autre autour de Richard duc d'York qui devient en mars 1454 protecteur et principal conseiller d'Henri VI alors malade. A la guérison du roi et se sentant menacée, la faction Yorkiste recourt à la force et combat le roi à Saint-Albans le 22 mai 1455. La « première bataille de Saint-Albans » ouvre une série de luttes violentes entre les clans aristocratiques connue sous le nom de guerre des Deux-Roses, par référence aux emblèmes des deux familles impliquées dans le conflit dynastique : la rose rouge des Lancastre et la rose blanche des York.
 
 
    La reine Marguerite d'Anjou prend la tête des opérations, mais les succès sont sans lendemain et le roi est capturé à l'été 1460. En dépit de la victoire lancastrienne de Wakefield où Richard duc d'York est tué, son fils monte sur le trône sous le nom d'Édouard IV avant de vaincre définitivement ses adversaires à Towton. Il se présente comme le sauveur d'un peuple opprimé tandis qu'Henri VI se réfugie en Écosse. Mais rapidement, Édouard mécontente son allié Richard Neville, comte de Warwick dit le « faiseur de roi » en se mariant à Elizabeth Woodville et en accordant ses faveurs à cette famille. Warwick, avec l'aide de la France organise un coup de force et rétablit Henri VI sur le trône en 1470. Édouard, réfugié en Hollande prépare une invasion et écrase l'armée lancastrienne à Tewkesbery en 1471. Le fils d'Henri VI y trouve la mort et le roi disparaît peu de temps après. Édouard IV monte donc une seconde fois sur le trône. Il contrôle le Parlement et sa noblesse, assassine ses adversaires, et devient le maître du royaume.
     À la mort d'Édouard IV en 1484 son frère Richard est nommé protecteur du royaume et s'empare de l'héritier du trône alors âgé de 12 ans. Il fait en sorte de devenir l'unique héritier et est couronné en octobre sous le nom de Richard III. Pourtant, il se créé un nouveau rival en la personne d'Henri Tudor qui débarque en Angleterre l'année suivante et remporte la bataille de Bosworth. Voulant être celui qui met un terme à la guerre civile, il adopte un emblème mêlant la rose des Lancastres et celle des Yorks :

    A son couronnement, Henri VII est loin d'être un héritier légitime et rien ne garantit que ses enfants accéderont un jour au trône. Il faut donc pour le nouveau roi s'imposer et asseoir une autorité souvent discutée. Il comprend très vite que la sécurité de sa dynastie dépend autant du respect et de la crainte qu'il saura inspirer que de la paix civile à reconstruire. Il n'aura de cesse d'éviter de nouveaux soubresauts à son pays. Patient, austère, obstiné, rigoureux mais aussi rusé, il s'évertue à faire correspondre son propre intérêt et celui de ses sujets, paix et stabilité devenant les mots clés de son règne.
     Afin de clore la guerre fratricide, il épouse Elizabeth d'York, fille d'Édouard IV réduisant ainsi les risques de contestations que le parti de la « rose blanche » aurait pu provoquer. Mais le jeux politique des complots, rébellions et révolutions n'a pas véritablement cessé. Certains historiens considèrent ainsi que la dernière grande bataille de la Guerre des Deux-Roses se déroule en 1487 à Stoke. La conspiration s'organise autour d'un certain Lambert Simnel qui serait en vérité le fils d'Édouard IV pourtant mort quelques années plus tôt à la Tour. Les meneurs yorkistes sont exterminés tandis que Simnel est fait prisonnier.
     Mettant en place une politique faisant quasi disparaître les grands magnats aristocrates qui avaient causé tant de problèmes à ses prédécesseurs, Henri VII choisi et fidélise un personnel politico-administratif de grande valeur. Entre 1485 et 1509, moins de vingt personnes se succèdent aux postes clés du pouvoir. Le roi exerce un contrôle effectif sur le gouvernement et sur le Parlement qui lui est totalement soumit. Pourtant, il n'innove guère. Certaines de ses transformations sont en réalité des retours en arrières.

 
     L'accession des Tudors au trône d'Angleterre à la fin du XVe siècle marque l'avènement d'une époque nouvelle de l'histoire du royaume : c'est la fin du féodalisme et le début d'un pouvoir royal fort qui s'appuie sur le Parlement ; le début de la montée en puissance des classes moyennes et d'une économie de type capitaliste ; le renouveau des idées, avec d'une part le développement de l'humanisme et la redécouverte de l'antiquité classique, et, d'autre part, la propagation des doctrines protestantes venue du Continent. Car n'est-ce pas à la même époque, sous le règne d'Henri VIII, que prend fin la suprématie de l'Église catholique romaine en Angleterre et que s'affirme une indépendance religieuse nationale, l'anglicanisme qui marque le pays à jamais ? Pourtant, sans minorer ces évolutions, il est indispensable de les tempérer. Ce « mythe Tudor » et la victoire de Bosworth présentés comme un tournant décisif appartient à une tradition historiographie Whig (libéraux) du XIXe siècle où la notion de progrès est fondamentale. Or, depuis les années 1970, certains auteurs ont remis en cause le « tournant » 1485 et ont insisté au contraire sur les continuités avec le reste du XVe siècle. On peut néanmoins affirmer qu'au final, 1485, bien plus que le couronnement d'une nouvelle dynastie, représente la fin de la période médiévale et le début de la Renaissance anglaise.
 
Bibliographie :
 
Jean-Pierre MOREAU, L'Angleterre des Tudors (1485-1603), Ploton Éditeur, Paris, 2000, 207p.
Bernard COTTRET, Eveline CRUICKSHANKS, Charles GIRY-DELOISON, Histoire des Iles Britanniques du XVIe au XVIIIe siècle, Nathan Université, Paris, 1994, 272p.
Stéphane LEBECQ, Histoire des Iles Britanniques, PUF, Paris, 2007, 944p.

Rendez-vous en 1534

Le schisme d'Henri VIII
 
 
   L'accession des Tudors au trône d'Angleterre à la fin du XVe siècle signifie l'avènement d'une époque nouvelle pour l'histoire du royaume : fin du Moyen-Age et du féodalisme et début d'un pouvoir royal fort avec le soutient d'un Parlement puissant. Une époque aussi de renouveau des idées, avec d'une part, le développement de l'humanisme et la redécouverte de l'Antiquité classique, et d'autre part, la propagation des doctrines protestantes venues du Continent. Or, le règne du deuxième roi Tudor, Henri VIII, est incontestablement marqué par la fin de la suprématie de l'Église catholique romaine en Angleterre et l'affirmation d'une indépendance religieuse nationale, l'anglicanisme. Excellentes au début des années 1520, les relations entre le roi et la papauté se dégradent à la fin de la décennie. Peu après la publication des thèses de Luther, des tensions s'installent à cause de la demande d'annulation de mariage que seul le Pape peut satisfaire. Mais le contexte politique joue également un rôle non négligeable. La prééminence de Charles Quint en Italie, les hésitations de Rome et l'intransigeance d'Henri VIII font d'abord échouer Wolsey puis, après quelques années d'un bras de fer diplomatique, précipitent l'Angleterre dans un régime incompatible avec la primauté pontificale.
     Troisième enfant d'Henri VII et d'Elisabeth d'York, Henri VIII né le 28 juin 1491 à Greenwich. C'est un jeune homme de dix-huit ans qui monte sur le trône en 1509 après la mort de son père qui l'a longtemps tenu à l'écart du gouvernement. Il hérite d'un royaume en paix, aux caisses pleines, et jusqu'en 1512, les orientations politiques restent sensiblement les mêmes que sous Henri VII. Les vingts premières années sont ainsi dominées par la politique étrangère et la toute puissance de Thomas Wolsey qui devient en 1515 Lord Chancelier. Conformément aux vœux de son père, il épouse Catherine d'Aragon qui n'était autre que la femme de son frère décédé en 1502. Un mariage dont il se lasse vite mais qui dure près de vingt-quatre ans ne lui donnant qu'une seule fille en 1516, Marie. L'impossibilité d'avoir un héritier mâle, les considérations politiques internationales et les attraits d'Anne Boleyn incitent Henri à entamer des procédures de divorces au printemps 1527. La rupture avec Rome pour des raisons politiques et la chute de son principal ministre annoncent de profonds bouleversements politiques et religieux qui dépassent très largement le cadre de son règne. Nous verrons donc dans ce rendez-vous trois éléments : la « Grande Affaire du roi » et la rupture avec Rome, les aspects de la suprématie religieuse du roi, et enfin les réactions de la population et les conséquences du schisme.
 

 


(Henri VIII)
 
     Au début du XVIe siècle, de nombreux penseurs en Angleterre, comme dans le reste du monde occidental, appellent à une réforme de l'Église. Un désir qui prend des formes variables : certains voulent fonder de nouveaux ordres religieux, d'autres de petits groupes de prière ou d'étude. En Angleterre, il fallut un concours de circonstances précis pour qu'un certain nombre de réformes souhaitées puissent avoir lieu. Pourtant, il convient de ne pas exagérer l'impact du mouvement humaniste et de la Renaissance intellectuelle que connaît l'Angleterre du XVIe siècle, ni l'aversion qu'éprouve toute une partie de la population anglaise vis à vis de l'Église de Rome et de son clergé, ni la montée des idées protestantes à cette même période. Sans les sous-estimer, il faut bien savoir que sans les éléments déclencheurs que furent, d'une part, le désir d'avoir un héritier mâle du roi et par conséquent le divorce, et d'autre part, la situation économique et financière qui assure la pérennité de la Réforme, l'Angleterre ne serait sans doute pas devenue protestante. On distinguera ainsi des causes profondes et lointaines, et des causes immédiates.
     Parmi les causes profondes, il y a nous l'avons dit, le ressentiment envers l'Église romaine et le clergé catholique. Il est en effet possible d'affirmer qu'au début du XVIe siècle, une grande partie de la population anglaise est mécontente. Les uns jalousent la puissance de l'Église, les autres la redoutent. Les uns lui envient ses richesses, les autres sont choqués du luxe ostentatoire des prélats. Tous enfin sont choqués de l'incompétence de nombreux membres du clergé. Les exactions financières de l'Église et ses abus juridictionnels provoquent des réactions hostiles et la dîme est depuis longtemps une source de ressentiments. Les mœurs du clergé font aussi l'objet de critiques et d'attaques et lors des révoltes frumentaires, ce sont eux qui en sont les premières victimes car on les accusent de ne pas s'acquitter de leurs obligations charitables. De plus, l'Angleterre connaît depuis l'avènement des Tudors un renforcement de l'autorité royale et un affaiblissement de la noblesse féodale. Ainsi, depuis le XVe siècle, les souverains contrôlent la nomination des évêques ce qui participe au déclin du pouvoir de la papauté et ce qui encourage les aspirations réformatrices qui se tournent vers les gouvernements pour mettre en œuvre la Réforme. Dans les années 1520, Henri VIII dispose donc du soutient quasi général de ses sujets, et les développements de l'humanisme de ce « beau XVIe siècle » fait murir la population et le pouvoir royal face aux arguments des réformateurs.
     À ces causes profondes s'ajoutent des causes immédiates, et tout d'abord le divorce d'avec Catherine de Médicis afin d'épouser Anne Boleyn. En 1527, le roi fait ainsi part de ses doutes sur la régularité de son mariage avec l'ancienne femme de son frère. Anne place au sein du Conseil ses partisans ce qui affaibli durablement Wolsey qui ne parvient pas à obtenir du pape le divorce. Il est ainsi démis de ses fonction en octobre 1529 et accusé de haute trahison. Dernière cause du schisme, c'est la situation désastreuse des finances d'Henri VIII dans les années 1520, un trésor dilapidé pour divers raisons et en premier lieu le grand train de vie du roi. Le schisme représente une occasion inespérée de renflouer les caisses, les biens de l'Église représentant une richesse particulièrement conséquente.
     Les années 1529-1532 sont des années de crises au sein du Conseil du roi notamment. La nomination de Thomas More au poste de Chancelier ne permet pas, contrairement aux vœux du roi, de redonner cohérence au Conseil. Henri VIII organise la cérémonie de mariage sans l'aval du pape et alors qu'Anne est enceinte, le 24 janvier 1533. Le Parlement adopte plusieurs Actes en 1533-1534 sous la conduite de Thomas Cromwell. Une réforme essentiellement imposée d'en haut, autant politique que religieuse. L'Act in Restraint of Appeals stipule que, le roi étant l'autorité suprême, les appels en matières religieuses ne doivent plus être adressés à Rome, mais à la Couronne, ce qui lui permet d'annuler son premier mariage. Retenons quelques lois : celle pour la soumission du clergé, celle sur les annates confirmant que le roi nomme les évêques et les abbés, et surtout l'Acte de Suprématie en 1534 qui fait du roi le chef suprême sur la terre de l'Église d'Angleterre. Enfin, la loi mettant fin à l'autorité de l'évêque de Rome est voté en 1536 et dénie au Pape toute autorité spirituelle en Angleterre. L'anglicanisme est né. 
(Thomas Cromwell)
 
 
    Une suprématie religieuse du roi d'Angleterre qui va devoir l'imposer au pays et l'inscrire dans les faits. La mise en place du nouveau système est entièrement dominée par le roi et par Cromwell, son délégué aux questions religieuses. La mise en forme de la réforme prend deux formes : une certaine pression exercée sur la population, et la suppression des institutions monastiques.
    Certains historiens ont parlé de « terreur » pour désigner les mesures à la fois dissuasives, incitatives et coercitives témoignant de l'activité et de l'ingéniosité de Cromwell pour éviter la mise en place d'une dissidence. La plus spectaculaire d'entre elles est l'imposition de serments à l'ensemble de la population. Un refus expose à des poursuites pour complicité de haute trahison, les plus connus des réfractaires étant sans nul doute Thomas More et John Fisher. Les évêques sont tenus de reconnaître Henri VIII chef suprême de l'Église et doivent aussi promettre de faire appliquer les lois hostiles à Rome. Les châtiments promis ont de quoi effrayer. En novembre 1534, le Parlement vote une loi entièrement consacrée à la trahison, et en 1535, ceux qui prononcent des paroles hostiles au roi, à la famille royale et à l'anglicanisme sont passible du châtiment suprême. Mais Cromwell cherche aussi parallèlement à la répression, à persuader par une propagande qui utilise l'imprimerie et le sermon.
     L'autre mise en forme de la réforme consiste en la dissolution des monastères entre 1536 et 1540. Le monde monastique fait l'objet de vives critiques, en particulier sur leur mode de vie, une suppression qui n'est autre qu'une manipulation politique et financière déguisée, au début, en réforme religieuse. Le roi a effectivement grandement besoin d'argent et Cromwell et le clan Boleyn méprisent les raisons théologiques qui ont mené à la création des monastères (ils sont hostiles à la notion de purgatoire). Ainsi, après l'évaluation de tous les biens de l'Église, une visite systématique des communautés débouche sur la rédaction de rapports qui déplorent l'indigence spirituelle et morale des moines. Cromwell tire parti de ces documents et pousse le Parlement en 1535 à voter la dissolution des plus petits monastères. En 1538, chaque communauté doit signer des formulaires reconnaissant ses insuffisances morales, le caractère papiste et idolâtre de la vie monacale et le fait « qu'il est très bien d'être gouverné et dirigé par notre chef suprême après Dieu, sa Très Noble Grâce le Roi ».


    De toute évidence, Henri VIII et ses conseillers craignent des réactions hostiles, peut-être des rébellions contre les mesures qui mettent un terme à plusieurs siècles d'attachement à l'Eglise catholique romaine. Or, la plupart des anglais acceptent les changements sans trop d'opposition. L'assimilation du refus du nouvel ordre à un crime de haute trahison passible de la peine capitale contribue sans aucun doute à faire taire les mécontents. L'adhésion spontané au mouvement, le rejet de Rome et l'aveuglement ont joué dans la soumission presque générale à l'Acte de Suprématie d'Henri VIII. Beaucoup n'ont en effet pas deviné les conséquences du serment qui apparaît comme un act anodin, purement constitutionnel. La tradition d'obéissance au pouvoir civil, si fortement enraciné dans le christianisme de l'époque, joue en faveur du chef suprême de l'Eglise anglicane, et la notion de « corps politique » et celle de « commonwealth » mettent en avant la coopération qui doit régner dans le pays.
     Pourtant, il y a aussi des résistances dont les formes et les justifications peuvent surprendre par leur diversité. Des refus émergent, les plus remarquables étant ceux de Fisher et de More, et les plus violentes réactions sont connues sous le nom de Pèlerinage de la Grâce en 1536-1537. De grands féodaux y participent, mais aussi des membres du clergé et de la gentry. Le facteur détonateur en est les dissolutions de monastères, et les insurgés (10 000 dans le Lincolnshire, 30 000 dans le Yorkshire) agissent en faveur des rites, de la liturgie traditionnelle et souhaitent le retour à l'autonomie du pouvoir spirituel par rapport au pouvoir temporel. L'échec du mouvement est principalement du aux divergences entre insurgés et à l'impitoyable répression mené par le roi. Autre opposition, celle de Reginald Pole, descendant des Plantagenêts qui défend la primauté pontificale.
     Jusqu'en 1535, la rupture avec Rome concerne les domaines administratifs, juridiques et politiques. En dehors de la suprématie religieuse du roi, la hiérarchie ecclésiastique n'a pas été modifié. Cependant, les nouvelles prérogatives du roi et l'intervention possible du Parlement dans les affaires du clergé ne peuvent manquer d'avoir des répercussions. Le schisme ne peut se réduire à une simple rupture diplomatique car il dépasse les questions des dogmes religieux pour atteindre la société anglaise dans son ensemble et transformer la vie culturelle du pays. Que ce soit dans leurs rapports avec les autorités politiques et ecclésiastiques ou dans leur vie culturelle, les anglais se trouvent plongés dans un environnement inédit. Certes, beaucoup continus à vivre comme avant 1534, l'immense majorité conserve les mêmes croyances, mais le socle idéologique s'est mis à changer : l'esprit du Moyen-Age est définitivement mort, une nouvelle culture et une nouvelle éthique naissent.
 
     Le schisme anglais, imposé à la faveur des querelles privées du monarque avec la papauté, s'est au final avéré à la fois un échec et un succès. Il fut un échec car il ne satisfait personne parmi les individus réellement préoccupés par les questions religieuses (il horrifie les catholiques et déplait aux protestants qui veulent une réforme en profondeur sur le plan doctrinal et sur l'organisation de l'Eglise). En fait de réforme protestante, l'Angleterre a donc suivie une voie originale. Henri VIII s'est proclame chef de l'Eglise d'Angleterre, et après une période de pur calvinisme sous Édouard VI et une autre de retour au catholicisme sous Marie Tudor, Elisabeth Ière fonde véritablement l'anglicanisme. D'une part, le dogme est celui enseigné par Jean Calvin, d'autre part les structures de l'Eglise catholique et une partie de la liturgie sont conservées. Ce compromis de la « Reine vierge » se trouve rejeté par des calvinistes dissidents, les puritains. Le mouvement réformateur s'emplifie et, au XVIIe siècle, confronté à l'absolutisme et au conservatisme des Stuarts, il constitue un facteur décisif de la révolution anglaise. Mais tandis que le Parlement veille à empêcher tout rétablissement du catholicisme, les abus des puritains lors de la révolution anglaise et de la dictature d'Olivier Cromwell dans le Commonwealth provoquent le mécontentement de la population et du Parlement qui permet la Restauration. Les soubresauts de l'histoire une fois passés, la doctrine formulée par Élisabeth survie jusqu'à notre époque et sert de fondement à l'anglicanisme moderne.
 
Bibliographie :
 
Jean-Pierre MOREAU, L'Angleterre des Tudors (1485-1603),Ploton Éditeur, Paris, 2000, 207p.
Bernard COTTRET, Eveline CRUICKSHANKS, Charles GIRY-DELOISON, Histoire des Iles Britanniques du XVIe au XVIIIe siècle, Nathan Université, Paris, 1994, 272p.
Bernard COTTRET, Histoire d'Angleterre XVIe-XVIIIe siècle, PUF, Paris, 1996, 339p.
Danièle FRISON, Le schisme d'Henri VIII, Ellipses, Paris, 2004, 142p.
Jean-Pierre MOREAU, Le schisme d'Henri VIII, Armand Colin, Paris, 2004, 121p.

Rendez-vous en 1776

La révolution américaine
 
« Nous tenons ces vérités pour évidentes : tous les hommes naissent égaux, leur créateur les a dotés de certains droits inaliénables, parmi lesquels figurent la vie, la liberté et la quête du bonheur », Déclaration d'Indépendance américaine, 4 juillet 1776.
 
 
     Le 4 juillet 1776, les treize colonies britanniques d'Amérique proclament leur indépendance. Après sept années de combats aux côtés de la France, la jeune république parvient à imposer sa volonté à la puissante Grande-Bretagne.
     Ces Treize colonies se sont formées peu à peu à partir du XVIIe siècle le long de l'Atlantique nord :
 

Colonie Date de fondation
Virginie 1607
Massachusetts 1620
New Hampshire 1623
Maryland 1632
Connecticut 1635
Rhode Islande 1636
Delaware 1638
Caroline du nord 1653
Caroline du sud 1663
New Jersey 1664
New York 1664
Pennsylvanie (des Quakers) 1682
Géorgie                   1732
 
    Comptant en 1770 environ un million et demi d'habitants, elles ont bénéficié d'une croissance démographique importante liée à l'immigration, mais aussi à un taux de natalité très fort. La société coloniale d'Amérique est remarquable par sa diversité : à côté de la majorité britannique vivent des Allemands, des Suisses, des Hollandais, des Irlandais, des Écossais, des Scandinaves et des Français. Les pratiques religieuses varient tout autant : les élites sont de confessions protestantes mais de plusieurs courents, les juifs et les catholiques forment de puissantes minorités. Chaque colonie dispose d'un statut politique qui lui est propre avec trois cas de figure dominants : les colonies à chartes réglementées par des chartes octroyées par le souverain ;  les fondations de colonies de propriétaires reposent sur l'initiative du Lord Proprietor ; et enfin, les colonies royales bénéficient d'une constitution rédigée par le pouvoir royal.
     Résistance économique et politique, la révolution américaine se décline en trois phases entre 1763 et 1801. En effet, sans vouloir la faire commencer à proprement parler en 1763, il est indispensable, pour comprendre la révolution américaine de suivre, étape par étape, les conflits impériaux entre la métropole anglaise et ses colonies. Et ce depuis la Guerre de Sept Ans, première guerre coloniale contre la France qui bouleverse de 1756 à 1763 les données géographiques, politiques, économiques et humaines en Amérique du Nord. La première phase, le 1763 à 1774 est donc une révolte contre la politique de l'Empire par une série de conflits d'ordre économiques mais aussi théoriques avec la question fiscale, sujet de litige majeur entre une métropole ruinée par la Guerre de Sept Ans, et des colonies florissantes. Résistance plus que révolte, c'est dans la seconde étape de 1774 à 1787 que se décide le durcissement de l'affrontement : la guerre éclate en 1775, les colonies se déclarent indépendantes en 1776 et sont reconnues en 1783 à la suite de leurs succès militaires. L'adoption d'une constitution en 1787 marque le début de la troisième et dernière phase que certains ont appelée le « miracle de Philadelphie ». La période révolutionnaire se termine en 1801 lorsque Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis déclare : « nous sommes tous fédéralistes, nous sommes tous républicains ». La révolution politique se termine ainsi par la mise en place d'un État-nation viable et fort, « empire de la liberté » promis à un avenir de grande puissance.
     Dans ce nouveau rendez-vous nous traiterons dans un premier temps des origines de la révolte. Ensuite viendront les caractères de la révolte, et enfin l'élaboration de la constitution de 1787 et donc la naissance des États-Unis.
 
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    Au cours du conflit impérial, les colons américains vont être gagnés par une sorte de révolution intime qui les amènent à rejeter leur patrie « naturelle » pour s'en inventer une nouvelle qui requière leur entière fidélité. Ces retournements affectifs suivent des réflexions théoriques chez les dirigeants des révoltes, « philosophes » de l'Amérique des Lumières. Trois concepts sont mis en questions dans ce moment pré-révolutionnaire : l'empire, la liberté et la nation. Les idées des tenants du parti tory (amis du roi, conservateurs, partisans d'un régime conservateur auxquels se rattacheront les colons « loyalistes ») s'opposent à celles des patriotes américains. C'est au nom de l'idéologie whig, qui soutient le principe de la liberté du commerce, que les dirigeants coloniaux vont s'opposer au retour des lois mercantilistes et à leur aggravation. L'affrontement prend la forme d'une incompatibilité entre deux conceptions de l'empire et la vision des colons pour une décentralisation et un relâchement du contrôle par la métropole. Une opposition donc entre un empire confédéral, une sorte de Commonwealth impérial d'un côté (littéralement « bien commun », traduction du latin res publica), et un empire centraliste de l'autre.
     Du côté royal, les lois votées entre 1763 et 1774 sont en partie motivées par le besoin de renflouer le Trésor, mais pas seulement. On assiste à un durcissement du mercantilisme déjà notable depuis le milieu du XVIIe siècle où les anglais votent des lois protégeant leurs intérêts marchands et économiques au détriment des colonies (notamment les Actes de Navigations). Mais à partir de 1763, le système se grippe autour de trois points : la question fiscale, la question constitutionnelle, et la question territoriale. La crise commence donc en Angleterre au lendemain de la Guerre de Sept Ans. La dette publique passe en effet de 77 millions de livres en 1755 à 122 millions en 1763. Les colons doivent alors contribuer au redressement du trésor royal. Tout en resserrant le contrôle de la navigation et du commerce colonial, Westminster adopte de nouvelles lois fiscales. En 1764, le Sugar Act instaure une taxe à l'importation du sucre et des mélasses depuis les Antilles. En 1765, ce sont les timbres dans le Stamp Act et en 1767 le thé. Les protestations sont vivent, les américains faisant remarquer qu'ils sont anglais et qu'ils doivent en conséquent avoir le bénéfice de la Glorieuse révolution de 1689 : pas de représentation parlementaire des colonies, donc pas d'impôts. Dans une Angleterre où l'on compte environ 250 000 électeurs, une des thèses qui fait de plus en plus débat est de savoir si ces députés anglais sont aptes à représenter l'ensemble du peuple anglais et donc aussi les colonies. Face à ces protestations, Londres accouche d'une position intenable : la plupart de ces Actes fiscaux sont abrogés en 1770 (excepté le thé), mais en même temps, le Parlement réaffirme qu'il peut toujours légiférer pour les colonies américaines.
     Le fossé s'élargit. Dès 1769, Londres se croit obligée d'envoyer des troupes de renforts en Amérique et en 1773, perdant toute prudence, le gouvernement britannique se lance dans une politique fiscale irraisonnée qui débouche sur la Boston Tea Party. Le thé devient très vite un sujet de discorde symbolique et c'est ainsi qu'est organisé un boycott du thé vendu par la Compagnie anglaise des Indes Orientales. Les dettes se cumulent et le gouvernement de Londres fait passer un nouveau Tea Act qui autorise la Compagnie à vendre son thé aux colonies sans payer de taxes ce qui contribue à la ruine de marchands indépendants. Le 16 décembre 1773 dans le port de Boston, des américains montent clandestinement sur des navires de la Compagnie et jettent par dessus bords les tonneaux de thé. La Boston Tea Party est l'un des évènements symboliques de la Révolution américaine annonçant la guerre d'indépendance.
 
 
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    John Adams, l'un des plus célèbre dirigeant de la révolution américaine écrit en 1776 : «nous sommes au beau milieu de la Révolution la plus complète, la plus inattendue, et la plus remarquable de toutes les Révolutions qui se sont produites dans l'Histoire des Nations». La crise ouverte depuis la fameuse Boston Tea Party de 1773 se concrétise dans le Congrès de Philadelphie l'année suivante, premier Congrès Continental, acte éminemment illégal du point de vue de la métropole. Il créé une assemblée politique indépendante, dont le but est de coordonner l’action des colonies contre la métropole, et dès le mois de septembre, les Américains utilisent le mot « états » pour désigner les treize colonies d'Amérique. Le Congrès continental exige également la reconnaissance des libertés américaines : il met en place une Association continentale chargée d'organiser les comités de surveillance ainsi que le boycott des produits britanniques jusqu'à l'abrogation des Intolerable Acts. Le second congrès de Philadelphie le 4 juillet 1776 déclare l'indépendance américaine.
     Acte de naissance des États-Unis, la Déclaration d'Indépendance est « présentée à la face du monde » le 4 juillet 1776. Le document est composé de trois parties qui suivent une logique précise : le préambule, la liste des nombreux griefs contre le roi, et la conclusion qui signe la naissance d'une nouvelle nation. Le préambule explique, en se fondant sur les droits naturels, les causes de la séparation nécessaire d'avec l'Angleterre et d'avec un gouvernement coupable d'avoir brisé le contrat social passé avec le peuple. En des termes volontairement universels, le texte explique que tout gouvernement a le devoir de protéger les droits fondamentaux dont l'homme bénéficie par nature. Par cette déclaration, les révolutionnaires américains se dotent d'une régime politique fondé sur le droit et le « consentement des gouvernés ». Tout en invitant à la fondation d'une république, qui serait l'opposé de l'arbitraire monarchique anglais, la Déclaration n'a pas de valeur juridique et ne se veut pas une constitution, élaborée quand à elle 1787. Elle ne fait qu'énoncer et démontrer des valeurs universelles et il s'agit de réaliser la forme républicaine de gouvernement la seule apte à préserver la liberté politique d'une dérive tyrannique de la monarchie. Avant de constituer une fédération, les États-Unis se composent de treize républiques distinctes, chacune dotée d'une constitution ayant pour seul ciment les articles de la Déclaration.
     La guerre entre les colons qui viennent de faire sécession et la métropole, ouverte en 1775, se poursuit bien au-delà de la Déclaration d'Indépendance. Les français prennent le parti des insurgés en 1778 et envoient des troupes en Amériques l'année uivante. Des opérations sont lancées sur le sol américains et dans les mers jusqu'à la bataille de Yorktown en 1881 qui marque la rédition anglaise. Le traité de Paris de 1783 consacre finalement la reconnaissance de l'indépendance américaine. Passons sur les tiroirs militaires de ce conflits, ce qui nous intéresse ici sont surtout les idéologies politiques qui naissent à ce moment là. Notons tout de même que la guerre a été pour l'Angleterre une des plus couteuses de son histoire, et où l'adversaire français, vingt ans après la Guerre de Sept ans, montre qu'il est encore un adversaire redoutable. L'épisode se clôt dans la douleur et Londres perd de précieuses possessions outre-mer qui la pousserons à s'aventurer vers de nouvelles régions du globe, notamment la Chine, à la recherche de nouveaux débouchés commerciaux.
 
 
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    En 1783, les États-Unis remportent une grande victoire : les grandes puissances reconnaissent l'indépendance de la République américaine. Une victoire difficilement acquise. La petite armée du général Washington a connu les pires difficultés : insuffisance des vivres, manque de vêtements, désertions, défaites. La France est venue à l'aide des colons car elle trouvait là l'occasion de prendre sa revanche sur la Grande-Bretagne et la victoire franco-américaine de Yorktown achève de convaincre les Anglais qu'il vaut mieux céder aux exigences de leurs anciennes colonies. La guerre a renforcé le sentiment national des américains et rapidement, des réformateurs vont proposer d'établir un gouvernement national, d'où leur nom de nationalistes ou fédéralistes. C'est ainsi que se tient de mai à septembre 1787 une convention à Philadelphie où les Pères fondateurs définissent leurs objectifs : « un gouvernement national doit être établi qui comprendra un législatif, un exécutif et un judiciaire suprême ». Les divergences sont importantes, et les séances parfois houleuses. Les modérés imposent leur point de vue : le gouvernement ne disposera pas de pouvoir illimités. Un système qui empêche les grands États de décider pour les plus petits, tout ce qui n'est pas précisément dévolu au gouvernement reste de la compétence des États. Dans chacun d'entre eux, la constitution est débattue et votée entre 1787 et 1789 où le premier président entre en fonction, Georges Washington en même temps que le premier Congrès fédéral. L'année suivante est votée une déclaration des droits qui satisfait tous ceux qui redoutent la tyrannie d'un gouvernement national.
 
(Organisation de l'État fédéral)
 
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    La constitution est ratifiée le 15 décembre 1791, mais les débats se poursuivent au sujet du rôle de l'État fédéral : les fédéralistes se regroupent autour d'Alexander Hamilton et réclament un État central fort ; les « anti-fédéralistes » ou « républicains » réunissent les partisans de la décentralisation autour de Thomas Jefferson. La Révolution française accentue les différences entre les deux « partis » : alors que les fédéralistes rejetent la tournure radicale que prennent les événements en 1793, les Républicains s'enthousiasment pour l’égalité et la démocratie française. George Washington préfère ainsi rester neutre vis à vis de la France et de son ennemie la Grande-Bretagne qui demeure malgré tout le principal partenaire commercial des États-Unis. La période voit aussi l'affermissement des institutions américaines : dans un contexte d'endettement après la guerre est créée une banque des États-Unis en 1791. Des taxes sont également instituées sur l’alcool pour augmenter les revenus de l'État fédéral. La rupture avec la Grande-Bretagne a engendré une perte de débouchés pour les exportations américaines. L'économie de la jeune nation souffre alors d'un important déficit commercial et la production chute.
     La Révolution et la guerre d'indépendance ont créé un nouvel État qui s'est doté d'institutions républicaines stables, fixées par la première constitution écrite de l'histoire. Elles ont posé les bases de la vie politique américaine avec la naissance du bipartisme, de la défense et de la vie économique. Plusieurs points ne sont malgré tout pas résolus à la fin du XVIIIe siècle : l'évolution des frontières, le sort des Amérindiens, la place de l'État fédéral, et le maintien de l'esclavage au sud vont peser sur le développement du pays au XIXe siècle. Du conflit contre la Grande-Bretagne est finalement née une nation unie par des idéaux communs (liberté, démocratie), une même langue, des symboles (bannière étoilée, devise) et des mythes (Pères fondateurs). Dans le domaine social enfin, la Révolution a permis de faire progresser les libertés individuelles (notamment religieuse) et l'égalité, même si celle-ci n'est pas achevée.